Timéo télétravaille. C’est pour la planète…

par | 16 Nov 2020 | Mes Écrits | 0 commentaires

illustration de la nouvelle issue des Synopsis de la semaine 1
Télépathie(r) – LogreGrafiste

Timéo télétravaille. C’est pour la planète…

Nouvelle en réponse aux synopsis proposés en semaine 1: choix du synopsis 1B

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C’était le premier jour de télétravail pour Timéo. Son entreprise avait décidé de tester un nouveau concept, permettant à ses employés de travailler de chez eux quand c’était possible.
Le patron avait été très convaincant, il en allait de la sauvegarde de la planète. Timéo ne le connaissait pas aussi soucieux de l’environnement, mais c’était pourtant la principale raison avancée : moins de voitures sur la route. Ils en avaient même fait une campagne marketing, à grands coups de spots publicitaires et d’affiches dans la rue. De son côté, si ça n’avait tenu qu’à lui, il aurait plutôt commencé par arrêter de produire les vêtements dans un pays en voie de développement. Ou bien changer la matière première des textiles pour passer à quelque chose d’un peu plus sain. Et puis, il n’en aurait pas fait la publicité sur des panneaux lumineux, éclairés 24 h sur 24. Il soupçonnait plutôt la direction de vouloir augmenter ses marges en diminuant le coût du local dans lequel il travaillait. Mais bon, après tout, qui était-il pour juger de la capacité de son responsable à sauver la planète ?
Dans tous les cas, son travail consistait à rester devant un ordinateur toute la journée. Ça ne devrait pas poser de problème à Timéo de le faire de chez lui.
Margot, sa femme, avait ri quand il lui avait appris la décision de son patron. Elle l’avait appelé « homme au foyer ». Après tout, s’était-il dit, pourquoi pas ? Il n’y avait pas de raison que ce soit toujours les mêmes qui aient à faire le travail domestique. Il devait admettre que son travail était prenant, et qu’il laissait volontiers sa compagne gérer les tâches de la maison, par habitude et par paresse. C’était un juste retour des choses, maintenant qu’il serait à domicile, il ne pourrait plus se trouver de fausses excuses et se défiler. C’était tout neuf pour lui, il avait du mal à savoir quoi penser quant à la nature positive ou non de ce changement, mais il comptait bien se servir de la situation pour réparer les torts qu’il avait commis à son domicile.

Il ne savait pas encore comment il allait s’organiser, avec des horaires de travail un peu plus malléables, mais une chose était sûre, il n’allait plus avoir à patienter dans les bouchons comme chaque matin. C’était encore du temps de gagné. Pareil pour les transports en commun, plus besoin de s’agglutiner avec quantité d’autres personnes. Il ne comptait pas pour autant mettre son réveil plus tard, il allait en profiter pour prendre soin de lui et de sa famille, dès le matin. Cette perte de temps à pester au volant ou serré contre la porte du métro ne serait plus qu’un vague souvenir.

Il ne cessait de se réjouir de pouvoir travailler de chez lui.
Lever à 6 h 30, comme d’habitude, mais cette fois-ci ce serait pour réveiller les enfants et préparer le petit déjeuner. D’ordinaire, c’était Margot qui s’en chargeait, ça allait changer. Les enfants étaient un peu étonnés de voir leur père à leur réveil, mais ils se firent vite à l’idée. Margot aussi fut surprise, mais le sourire qu’elle afficha en réponse à l’initiative de son mari le conforta dans l’idée qu’il était sur la bonne voie.
Vint l’instant fatidique de se mettre au travail.
Il s’était aménagé un petit espace sur son bureau. Ce bureau, d’ailleurs, qu’il avait acheté à une époque où il prévoyait d’avoir du travail à rapporter le soir à la maison. Il ne l’avait jusqu’ici jamais utilisé. Il ressentait un certain plaisir à pouvoir enfin s’en servir. L’ordinateur était branché, ses dossiers papier étaient bien étalés en évidence sur le plan de travail, tout en laissant le bon espace pour le clavier et la souris. Il était prêt.
Mais tout d’abord, un petit café. C’était ça aussi, le privilège d’être à la maison, pouvoir prendre une pause café quand il le voulait. Et pas avec du café bas de gamme que servait la machine de la salle de pause. La perfection.
Vers 16 h, il avait l’impression de n’avoir réussi à abattre que peu de travail, sans pour autant avoir eu une minute à lui. Il avait rangé la pièce pour pouvoir bien travailler, installé les logiciels dont il aurait besoin sur son ordinateur personnel, s’était perdu quelques instants dans la lecture de ses mails, et la journée avait filé à vitesse grand V. Il n’était pas même lavé… Et il n’avait pas non plus mangé. L’heure de retour des enfants de l’école avait presque sonné. Il fila sous la douche, hors de question qu’ils s’imaginent que leur père avait passé la journée dans cet état. Il abattrait tout ce qu’il pourrait comme travail dans la soirée, pas le choix.

C’est ainsi que le soir même, n’ayant pas réussi à terminer autant de travail que voulu, et ayant un dossier à rendre pour le lendemain, il décida de s’y remettre.
Sa femme rentra du travail vers 19 h, heureuse de se reposer enfin à la maison, et impatiente de retrouver son mari qui avait déjà été aux petits soins pour elle le matin même. Elle avait besoin de calme, mais le père étant encore en train de travailler, les enfants étaient remisés dans le salon pour jouer.
Elle alla voir son mari.

– « Dis-moi, t’as eu la maison pour toi tout seul toute la journée, c’est un peu à mon tour d’être au calme, tu veux bien aller t’occuper des enfants s’il te plaît ? Et puis ce n’est pas parce que tu travailles de la maison maintenant que chaque instant que tu y passes doit y être consacré. Il faut que tu t’imposes des horaires, je refuse de ne plus pouvoir te voir sous prétexte que tu dois travailler ! »

– « Mais tu sais, je n’ai pas réussi à bosser autant que j’aurais dû aujourd’hui, laisse-moi encore un peu de temps, je dois filer ce dossier à Albert avant demain midi. Ensuite, je te relaye avec les enfants. J’ai encore du mal à m’adapter à la situation, mais promis, je gérai ça mieux demain ! »

– « Tu exagères, t’avais tout le temps aujourd’hui, plus que d’habitude. T’as trop paressé !, râla Margot. Bon d’accord. Je te laisse encore un peu de temps, mais c’est toi qui prépares à manger ce soir ! Et traîne pas trop, les petits doivent être au lit à 21 h. T’as 30 min de rab. »

Avec un soupir, elle referma la porte de son bureau. Timéo n’allait pas s’en sortir. Il se prit la tête dans les mains, abandonna sa tâche et décida qu’il allait mettre les bouchées doubles le lendemain matin, et rendre le dossier à son collègue dans la foulée.

La semaine continuait, sans que Timéo arrive à atteindre le même rythme de travail que lorsqu’il était en présentiel. Il n’y comprenait rien. D’habitude, ça ne lui prenait pas tout ce temps. Alors qu’il était censé être plus relaxé, à l’aise à la maison, sans trajets à parcourir, il fournissait en moyenne 2 fois moins de travail qu’en temps normal. Et ce n’était pas faute d’être à son bureau, devant l’ordinateur.
Le mercredi après-midi, ses enfants n’avaient pas école. Comme il était à la maison, il pouvait les garder. En temps normal, ils étaient au centre géré par la mairie. Timéo avait tout d’abord vu comme une bénédiction de pouvoir se passer de payer ces frais supplémentaires. C’était sans compter qu’il n’arrivait pas à se concentrer avec ce bruit ambiant et les sollicitations perpétuelles d’un enfant qui a faim ou qui a fait une bêtise. Encore une journée peu productive.
À force de ne pas bouger, il avait l’impression d’avoir plus de mal à rentrer dans ses pantalons. Un comble, il n’arrivait pas à fournir suffisamment de travail alors qu’il n’arrêtait pas, il se sentait coupable de ne pas arriver à faire toutes les tâches de la maison, et par-dessus le marché, il prenait du poids. Le tout en à peine une semaine. Qu’est-ce que ce serait après un mois de travail à ce rythme ?
Par-dessus le marché, la présence de ses collègues lui manquait. Il avait pris l’habitude d’aller demander des conseils à certains d’entre eux, pour des tâches sur lesquelles ils étaient plus compétents que lui. Certes, il avait la possibilité de leur poser des questions sur la messagerie de l’entreprise, mais ce n’était pas pareil. Outre la pensée de passer pour un incompétent — les messages étaient publics — le fait de ne pas pouvoir rebondir sur la réponse en direct ne lui plaisait pas. Et puis les conférences vidéos n’étaient pas pratiques non plus. Elles devaient être programmées, tout comme les coups de téléphone. Il ne savait jamais s’il était en train de déranger son interlocuteur, là où il pouvait autrefois passer devant le bureau de l’un ou de l’autre et jeter un coup d’œil pour s’assurer de ne rien interrompre.

Arrivé à la fin de semaine, il avait presque perdu espoir de pouvoir s’adapter à ce nouveau rythme. Il en parla à Margot, et ils décidèrent ensemble de prendre un temps sur le week-end pour essayer de trouver une solution.
Avant tout, ils réalisèrent que Timéo devait se trouver une activité physique, ou il risquait d’avoir des problèmes de santé. Ensuite, il avait à faire en sorte de mieux organiser ses journées, et d’y trouver le temps pour voir certains de ses collègues. La sociabilité lui manquait cruellement. Et pour finir, des règles allaient être instaurées à la maison.

Il lui fallait indiquer à sa famille que ce n’était pas parce qu’il travaillait maintenant de la maison que ça changeait quelque chose. À l’époque où il était au travail, il n’était pas disponible pour tout et n’importe quoi. Si la porte du bureau était fermée, avec le panneau « Papa travaille », à moins d’une véritable urgence, il était désormais interdit de venir le déranger. Les enfants avaient même participé à la confection du mot, une manière de faire comprendre à toute la famille son importance, tout en y amenant un côté ludique.
De son côté, Timéo allait acquérir une meilleure organisation. À commencer par son début de journée. Il allait tout faire comme s’il devait sortir de la maison pour aller au travail. Hors de question qu’il recommence sa journée en pyjama. Il lui fallait une réelle transition entre la vie de famille et le travail. Il se fixa alors des horaires. À 9 h, il devrait être lavé, habillé, avoir englouti son petit déjeuner, lu son journal et fait ses exercices d’étirements.
Timéo allait s’accorder une sortie à vélo une fois par jour pour aller chez un ou une collègue. L’excuse était de leur amener le dossier en cours, mais les vraies raisons étaient de faire un peu de sport, et de lui éviter de se morfondre sans compagnie. Il aurait pu envoyer le tout par e-mail, avec les commentaires adéquats, mais c’était trop impersonnel, et il avait besoin de voir du monde. Et puis de faire du vélo tous les jours, allait compenser l’absence de pas qu’il faisait d’ordinaire pour aller d’un bureau à l’autre assez fréquemment. Dans la tête de Margot, il y avait aussi une autre raison à le faire sortir de la maison une fois par jour. Elle le soupçonnait de grignoter à longueur de journée. Au moins à l’extérieur, il n’aurait plus cette possibilité.
Les collègues s’en trouvèrent ravis, eux aussi avaient eu du mal à s’adapter, et voir une tête connue en rapport avec le travail leur faisait du bien. Timéo avait trouvé le parfait compromis. À tel point que certains de ses collègues décidèrent de l’imiter. Ce qui fit que tous les jours il avait le droit à une sortie, et une visite. En plus de faire avancer le travail, ça permettait de faire une pause et de prendre le café.

Les semaines passant, l’organisation s’installa pleinement, et Timéo commençait enfin à retrouver ses marques. Il avait finalement plus de temps qu’en présentiel, comme espéré au départ. Sa participation aux obligations de la maison n’en fut que plus utile, maintenant qu’il était capable de gérer plus sereinement son travail. Cerise sur le gâteau, pour changer d’environnement de temps en temps, un jour par semaine il s’autorisait à aller travailler dans un café.

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