Inktober Jour3: BULKY (Gros, Corpulent)

par | 3 Oct 2020 | Inktober 2020

3 octobre: BULKY (Gros, Corpulent)

 

Cela faisait maintenant quatre ans que Robert travaillait dans cette entreprise de vente d’outils de bricolage. Quatre ans de comptabilité. Il ne s’était jamais senti accepté. Sa faible estime de lui-même n’y était pas pour rien. Il s’était toujours vu comme maladroit, et inadapté. Pour compenser ce mal-être, il mangeait. Beaucoup trop. Aujourd’hui il faisait dans les 140 kg pour 1m65. Pas très grand, mais assez large. Personne ne se moquait de lui à proprement parler, du moins pas devant lui, mais il sentait les regards moqueurs dans son dos. Le pire c’était encore Rémi. Il ne se moquait pas ouvertement, mais ne manquait jamais une occasion de faire remarquer son poids à Robert. Dans l’ascenseur par exemple, où il disait tout haut qu’il espérait que ce dernier allait démarrer avec toute cette charge. Ou bien au self de l’entreprise. Avec des phrases qui se voulaient faussement bienveillantes, du genre :

– « Tu es sûr pour les frites ? Enfin, je veux dire… avec ta condition… enfin, tu me comprends… ».

La réalité c’était que Robert avait du mal dans la vie de tous les jours. Son poids se faisait ressentir au quotidien, augmentant son malaise. Il avait des difficultés à passer certaines portes, ne rentrait pas dans toutes les voitures, les escaliers étaient compliqués à monter, et jamais sans essoufflements, et, de fait, dans les ascenseurs, à plusieurs, il était la raison pour laquelle celui-ci refusait de démarrer.

Ce jour-là, en arrivant au travail, il croisa Rémi sortant du bureau du patron. Ce dernier prit un malin plaisir à lui annoncer la nouvelle en avant-première : un tournoi de sport était organisé par l’entreprise. Par énième bravade, Rémi rajouta un :

– « Mais je me doute qu’avec ta condition, tu vas refuser de le faire… ». C’était la goutte d’eau qui fit déborder le vase pour Robert.

– « Bien sûr que non. Je serai là. Et avec grand plaisir ! » s’entendit-il répondre.

Puis il partit dans son bureau, laissant son collègue la bouche ouverte, médusé de cette réponse.

L’annonce officielle fut faite après le repas. Pour une meilleure cohésion au sein des salariés, le patron avait décidé d’organiser une petite compétition. Le but était d’amuser tout le monde et de surprendre. Il avait donc choisi un sport un peu atypique : le rugby.

« Dans quelle panade me suis-je mis… » se dit Robert.

Il appréhendait le jour J avec un stress croissant, et multipliait les bourdes au travail. À tel point qu’il en parla à son médecin, histoire de s’en faire dispenser, tel un collégien ayant peur de l’eau de la piscine. Le médecin connaissait Robert, et son obsession de sa corpulence. Il y vit pourtant une excellente occasion de le mettre au sport, et de lui faire perdre un peu de poids pour améliorer sa santé. Plutôt que de le dispenser, il lui conseilla d’aller voir comment ça se passait dans un club de rugby dont il connaissait l’entraîneur.
Après de nombreuses hésitations, Robert décida de s’y rendre, avec le secret espoir de se faire éconduire à l’entrée. Il n’en fut rien, et l’entraîneur, tout heureux de pouvoir accueillir un nouveau, lui proposa même une séance d’essai. Pris au dépourvu, Robert accepta.
Il vit alors tous les autres joueurs musclés et athlétiques, mais également très larges. Cela aida Robert à se sentir plus à l’aise. Il se fondait pour une fois dans le décor avec sa carrure.
À la fin de la séance, il s’aperçut qu’il n’avait pas vu le temps passer. Il y avait pris goût. À tel point qu’il y retourna plusieurs fois. Il s’avéra être un excellent bloqueur. Son poids devenait un atout.

Vint alors le jour du tournoi de son entreprise. Malgré sa connaissance – récente – du rugby, ainsi que son plaisir, le stress n’en était pas moins grand. Cette fois-ci il allait falloir affronter le regard de personnes d’un gabarit standard, non plus les masses du club.
Après une après-midi intense, l’équipe de Robert fut la grande gagnante du tournoi. Ce dernier n’y était pas pour rien, avec son lot de blocages de joueurs allant à la ligne d’essai. Le fait le plus notable restera sans doute le plaquage mémorable de Rémi. Certes, Rémi n’avait pas le ballon, ce qui interdisait cette action de la part de Robert, et donc une faute sifflée pour le camp adverse, mais le plaisir ressenti à la réaliser n’en rendait son interdit que plus appréciable.

En conclusion de cette excellente journée pour Robert : du positif.
Sa prestation et son aisance sur le terrain l’avaient sorti un peu de sa bulle, et il s’était enfin aperçu de l’intérêt que lui portait Valérie, sa collègue de bureau. Un peu de confiance en lui, lui avait fait enlever ses œillères et son obsession pour sa corpulence. Et puis bien sûr, il avait rabattu son caquet à Rémi, ce qui n’était pas négligeable.
Son poids était devenu un souci moins important, et le sport, auparavant un ennemi, grâce au rugby, un compagnon bienveillant.
Et pour Valérie ? Il s’agit de sa vie privée voyons !

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