Inktober Jour2: WISP (Brin, Paille)

par | 2 Oct 2020 | Inktober 2020

2 octobre: Wisp (Brin, Paille)

 

Le week-end promettait d’être mémorable, comme chaque fois qu’on allait chez les cousins. En tant que citadins, de voir la campagne est en soit déjà une bouffée d’air, alors en plus si les cousins campagnards possèdent une ferme et élèvent des animaux de tous types, cela se transforme en paradis pour enfants.

Comme d’habitude, le voyage en voiture était des plus bruyants. Il avait des airs de départ en vacances. Chansons, devinettes, notre maman redoublait d’efforts pour nous occuper à l’arrière et laisser le père conduire en toute sécurité, sans risque de coups de pieds dus à une bagarre au sein de la fratrie. Ces cousins, dont notre tante était (et est toujours) la sœur de ma mère, habitaient alors un petit village isolé, dont la ville la plus proche était déjà à 50 km. De chez nous, il nous fallait un peu plus de deux heures de route. Et encore, c’était bien parce que mon père ne respectait pas toujours les limitations de vitesse. Mais le 40ᵉ anniversaire du tonton ne pouvait se passer de notre présence.

Je me souviens encore de l’arrivée dans leur cour, un peu plus en effervescence que ce dont j’avais alors l’habitude. Une grande tonnelle imperméable était dressée en plein milieu, avec dessous, une très grande table, sur laquelle semblait être regroupée une quantité impressionnante de plats.
Les retrouvailles faites, Myriam, notre cousine, vint nous annoncer que Newton, leur matou, avait disparu depuis quelques jours. Je me souvenais alors des parties de fous rires que nous avions régulièrement à courser ce chat à travers toute la propriété. Pauvre matou, plus les enfants sont jeunes, moins ils sont tendres avec les animaux. La nouvelle m’attristait un instant, mais comme souvent à cet âge-là, le jeu reprit vite le dessus. En effet, sous prétexte de le chercher, notre cousin et notre cousine, ainsi que mon frère et moi-même, avions décidé d’explorer la grange. Laissant les adultes à leurs préparatifs, une course effrénée quant à celui qui arriverait le premier au bâtiment s’était alors engagée. Une surprise nous attendait : la moisson avait eu lieu, et la paille avait été rentrée, maintenant sèche et en ballots, pour préparer l’hiver.
Les monts entreposés là étaient trop tentants, ils appelaient à se jeter dedans, à sauter et nager dans les brins de paille. Une petite échelle permettait d’accéder à toute cette merveille, entreposée légèrement en hauteur, pour diminuer l’humidité et la présence de trop de faune sauvage. Vous imaginez bien que nombre de jeux plus passionnants les uns que les autres avaient été inventés ce jour-là. Entre parties de cache-cache, sauts de l’ange, et autres démonstrations de prises de judo, les fous rires étaient de mise. Jusqu’à ce que notre cousin, plus téméraire, ou pris par le jeu, se jeta littéralement du haut de la pyramide de bottes de pailles, dans un mouvement imitant à la perfection un catcheur en haut des cordes du ring. La hauteur d’environ 3 m n’avait pas arrêté ses ardeurs. L’atterrissage fut tout aussi violent que lors du match de catch qu’il singeait si bien. À tel point que la botte de paille qui accueillit son corps sembla l’absorber en entier. Un grand crac se fit entendre : il avait traversé le plancher de la grange et se retrouvait encore plus bas que prévu.

Le cousin était alors dans les soubassements. Par bonheur, plus de peur que de mal. Sa petite voix étouffée nous parvint : « J’ai trouvé Newton ! » disait-elle.
Il s’était avéré que le matou était en fait une minette, et venait de mettre bas. Elle avait trouvé, dans le sous-sol de la grange, un endroit à la fois frais et douillé, parmi la tranquillité des brins de paille, pour accueillir cinq petits chatons dans notre monde. Ses yeux ronds témoignaient de la même surprise dont nous faisions preuve nous-même.

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