Inktober Jour18: TRAP (Piège)

par | 18 Oct 2020 | inktober, mes écrits

18 octobre: TRAP (Piège)

Le détective privé entra dans le bar, qu’un de ses indics lui avait donné au sujet d’une grosse affaire. Vu l’endroit, ça semblait impliquer le chef de gang du coin. Il s’adressa au barman, et commanda une bière. Puis, se retournant pour s’accouder au bar, s’adressant toujours au barman, mais regardant la salle, dit :

– « J’ai entendu beaucoup de choses sur cet endroit. Giorgio me l’a conseillé. Il paraît qu’on recrute des types comme moi, ici. »

Incarner son personnage de caïd était pour lui une seconde nature. Le barman lui servit sa bière, sans relever ce que son nouveau client venait de dire. Il avait une tête carrée, les cheveux gras, et pour parfaire l’antipathie, une cicatrice sur la joue. De celles qui sont là depuis longtemps, et qu’on a bien pris soin de laisser apparente.

Un homme arriva sur sa droite. Chauve, tout en longueur, un sourire qui permettait d’apercevoir une dentition quelque peu clairsemée. Il frôla notre héros au moment de s’asseoir, mais ne commanda rien. Ça n’avait pas l’air d’étonner le barman. Rien ne semblait pouvoir le sortir de son air renfrogné d’ailleurs. Un deuxième homme, les bras gros comme des pneus de tracteur, le nez visiblement cassé de nombreuses fois, s’accouda au comptoir à sa gauche, pour compléter le tableau. Ils tournèrent tous les deux la tête en direction du nouveau venu. Celui de droite conserva son sourire.

– « Tu cherches du travail ? »

– « En effet… »

– « On en a peut-être pour toi. Finis ta bière, et rendez-vous à la table dans le fond. »

Le détective tourna la tête pour repérer la table en question. Un homme lui faisait signe. Ce n’était autre que l’indic qui lui avait filé le tuyau du bar.

Les deux hommes retournèrent s’asseoir. Là où auparavant un léger brouhaha, dû à la clientèle, se faisait entendre, un silence religieux avait pris place. Les consommateurs, comme s’ils avaient reçu un ordre inaudible, sortaient calmement de l’établissement.
Notre ami se mit à réfléchir le plus vite possible. Quelque chose clochait, il le savait. L’indic ne serait pas venu de lui-même dans la gueule du loup, après avoir donné l’info. Soit il était de mèche et c’était un piège, soit il était impliqué, et comptait garder sa couverture pour ne pas éveiller les soupçons. Notre héros connaissait pourtant son homme, un pleutre parmi les plus pratiquants. Il pencha donc plus pour la première possibilité. Et puis la salle ne se serait pas vidée sans raison apparente, si tout était encore sous contrôle.
C’était un piège.
Mais il restait une chance que les truands puissent penser qu’il ne se doutait pas de la supercherie. Il devait donc rester dans son personnage pour donner le change, tout en étant sur ses gardes, et repérer toute entourloupe. Peut-être que pour une fois, il arriverait à sortir en un seul morceau de ce guêpier.
Il prit son verre en main, le vida d’un trait, et, roulant des épaules, se dirigea tranquillement vers la table. Bien en évidence sur cette dernière, trônait un couteau à cran d’arrêt. Notre héros nota ce fait, sans se déstabiliser. Il n’était certes lui-même pas armé, la présence d’un flingue sur lui le rendait mal-à-l’aise depuis sa dernière enquête, surtout en infiltration, mais un simple couteau ne l’impressionnait pas plus que ça. Il pourrait même lui être utile en cas d’aggravation de la situation.

Les trois hommes l’accueillirent avec le sourire. On l’invita à s’asseoir. L’ambiance s’assombrit à l’instant où ses fesses touchaient la chaise.

– « Arrête de jouer aux durs. On sait qui tu es. »

Un coup d’œil à l’indic lui confirma les dires de l’homme chauve. Les sourires avaient disparu.

Bon, au moins, je sais où j’en suis, pensa-t-il.

– « Alors maintenant, tu vas te mettre à table. D’où tu détiens tes infos ? »

Il tenta de se relever, mais le tracteur l’agrippa par le poignet droit, et l’en empêcha. Il le força par la même occasion à garder cette main bien visible sur la table. Exactement ce qu’il espérait.

– « Je n’sais pas de quoi vous voulez parler. Quelles infos ? Qu’on recrute ici ? C’est ça ? »

– « Ne joue pas au plus malin. Qui t’a rencardé sur le trafic ? »

Voilà la confirmation, ils ne sont pas au courant de l’ampleur de la fuite. Ils ne savent apparemment que ce qu’il avait laissé filtrer à l’indic quelques heures plus tôt.

– « Ok ok, on ne vous la fait pas à vous, j’ai saisi ! »

En prononçant ces paroles, il regarda le malabar qui lui tenait encore le poignet, et essaya de se construire un visage apeuré. Juste ce qu’il fallait de crédible. Il ne fallait pas qu’il vende la mèche en en faisant trop. Il risquait de tout perdre là où il pouvait tout gagner. Bingo, il était convaincant. Du moins assez pour que le costaud lui lâche le bras. Il ne bougea pas la main pour autant, et espéra que ce serait pris pour de la soumission.

– « Bon… un des bijoux que vous avez refourgués appartenait à la grand-mère de ma petite amie… Quand un gars dans la rue a essayé de me le vendre, on allait au cinoch ensemble. Elle a reconnu le collier… C’est tout. On lui a racheté, et puis elle m’a parlé du cambriolage. J’ai voulu l’impressionner en disant que j’allais lui retrouver le reste… Vous savez comment c’est les gonzesses… Mais je vois qu’apparemment j’ai fait un peu trop le malin. »

Le chauve aux chicots retrouva un peu de son sourire.

– « Les nanas, hein ? Casse-couille… ! »

Il éclata de rire à sa propre remarque. Ce faisant, sa veste trop large se décala légèrement de ses épaules. Il la remit en place, mais pas suffisamment rapidement pour qu’un morceau de pochette en cuir relié à une lanière sur l’épaule, n’échappe au regard du détective.
C’est l’instant que choisit notre héros pour rapprocher sa main du couteau, l’atmosphère se détendait en apparence, il fallait contrebalancer les forces en présence.
Il se mit lui aussi à faire semblant de rire à la phrase du bandit, et posa la main sur le manche de l’arme.

Le couteau en sa possession, d’un coup de poing bien placé, il étourdit le faux indic. Il se releva rapidement, et attrapa le chauve, le tint de la main droite, celle au couteau, encerclant le cou, coinçant ainsi l’homme entre son biceps et la lame. L’autre main fouillait déjà l’intérieur de sa veste, dans laquelle il avait vu apparaître l’étui de pistolet.
Une fois le flingue récupéré, il le dirigea contre le grand costaud. Ce dernier n’avait pas eu le temps de réagir. Soit il était trop surpris, soit il répondait bien au cliché de tout dans les muscles, rien dans la tête. Pour sa défense, l’action n’avait duré que quelques secondes.
L’indic, un peu sonné, se relevait déjà.

– « Ne joue pas au héros ! Tu ne sortiras jamais d’ici, on est trop nombreux », arriva à haleter le chauve.

– « Je ne cherche pas à sortir d’ici. »

Et à la surprise de tout le monde, il lâcha sa prise, reposa le couteau sur la table, et tendit le pistolet par la crosse à son ancien prisonnier.

– « Je ne suis pas là pour rigoler les mecs. Je ne plaisantais pas quand je suis arrivé ici tout à l’heure. Je cherche du boulot. Alors maintenant que vous avez vu ce que je sais faire, peut-être qu’on peut parler affaires plus sérieusement ? »

Le chauve, interloqué, récupéra son arme, mais ne la rangea pas tout de suite. Le temps de reprendre ses esprits, et d’étudier en détail le visage de l’homme qui venait de le menacer et lui rendre son arme en l’espace d’un instant. Puis un déclic eut l’air de se faire dans son esprit.

– « T’as de la chance. Le boss est justement ici aujourd’hui. Tu vas pouvoir te présenter. On aurait peut-être effectivement besoin d’un type comme toi… Arnold, va voir s’il est dispo ! »

Le barman rangea alors le fusil qu’il venait de sortir du comptoir, et se dirigea dans l’arrière-salle.

En voilà une infiltration qui commence bien, se dit-il en souriant intérieurement.

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