Inktober Jour14: ARMOR (Armure)

par | 14 Oct 2020 | inktober, mes écrits

14 octobre: ARMOR (Armure)

 

Je suis plutôt prudent en règle générale. J’ai tout ce qu’il faut sur le vélo. Le casque, le gilet réfléchissant, les lampes à l’avant et à l’arrière, je n’ai pas d’écouteur dans les oreilles… Bref, tous les accessoires et l’attitude qu’il faut pour être bien visible et en sécurité quand je me déplace. C’est mon seul et unique moyen de transport. Pour le travail, les courses, les loisirs, et même les vacances en famille.

Seulement un lundi soir, il y a de ça trois mois, de retour du travail, je me suis tout de même fait renverser. C’est le conducteur de la voiture qui a appelé les secours. Le type ne m’avait soi-disant pas vu. Il m’est rentré dedans par-derrière, alors que j’étais sur la piste cyclable en ligne droite, puis roulé sur le torse. L’avis des pompiers à leur arrivée, est plutôt qu’il était au téléphone au volant, et qu’il a dévié de sa voie. Je vous parle, donc vous vous en doutez, je m’en suis sorti. Et même mieux, par je ne sais quel hasard, je n’en ai gardé aucune séquelle physique. J’ai encore toute ma mobilité, et à part quelques côtes brisées qui finissent de se ressouder, le reste est en bon état.

Au bout de deux semaines j’étais sorti de l’hôpital, mais pas encore prêt pour les séances de rééducation pour l’instant. Le médecin m’avait dit que j’allais en avoir besoin, mais qu’il fallait attendre que tout se recolle bien. J’ai donc passé deux mois de plus, encore immobilisé, mais cette fois-ci à la maison.

J’ai eu du mal à annoncer à mon fiston ce qui m’était arrivé. Je n’avais pas très envie de l’inquiéter. Encore moins qu’il s’imagine déjà qu’il pourrait perdre son papa un jour. Ça viendra en son temps, mais à 5 ans, je persiste à croire que c’est encore trop jeune.

Et puis finalement, une semaine avant que je puisse sortir de la maison, débuter la rééducation et reprendre le travail à temps partiel, il est venu de lui-même s’asseoir à côté de moi sur le canapé. Il m’a posé la question de pourquoi en ce moment je ne bougeais pas beaucoup et de ce qu’il m’était arrivé.

Je lui ai donc expliqué, avec des mots bien choisis, que la voiture d’un monsieur m’était rentrée dedans alors que j’étais à vélo. Il m’a regardé, intrigué, et m’a posé une de ces questions saugrenues que seul un enfant peut imaginer dans ce genre de situation :

– « C’est un peu comme si un chevalier t’avait chargé avec son cheval ? »

Je souris, amusé par la comparaison, et lui répondis :

– « Oui, c’est un peu ça. Du haut de son cheval, occupé avec son téléphone, il ne m’a pas vu, et je me suis fait piétiner. »

– « Bah c’est normal aussi papa. Quand tu prends ton vélo, tu mets le casque, mais pas le reste de l’armure. Avec l’armure tu risquerais plus rien. C’est comme ça qu’ils se battaient les chevaliers au Moyen Âge ! »

Sur ce, il se leva du canapé, et retourna jouer dans sa chambre. Je le regardais repartir, à la fois amusé, et médusé de l’intelligence dont il venait de faire preuve. Il avait raison !

Ça avait résonné dans ma tête. C’était bien ça qu’il fallait que je fasse. Me construire une armure pour le vélo. Alors oui, je vous vois venir, pas une vraie, en métal, du type médiéval. Mais quelque chose qui pourrait faire office d’armure, du moins visuellement. Nous avons donc passé la semaine avec le fiston, à concevoir mon armure en carton. Suffisamment large pour que ça n’entrave pas mes mouvements à vélo, mais bien ajustée pour que je ne la perde pas en route. Je me suis occupé de la coupe, lui s’est occupé des dessins. Et mon épouse des slogans pro-vélo à marquer dessus.

Le résultat était plutôt rigolo, et mon opération de sensibilisation pouvait commencer.

Depuis, je fais tellement l’attraction sur mon vélo que plus aucun automobiliste ne peut passer à côté de moi sans avoir à ralentir, parce qu’une foule de personne m’entoure pour me prendre en photo. Je crois même que j’ai fait des émules : Madame Moujet, la voisine d’en face, s’est mise à prendre aussi le vélo pour aller travailler. Mon fils a été lui demander si elle aussi voulait une armure. Elle a ri, mais a tout de même répondu un franc « volontiers » en lui faisant un clin d’œil. En définitive, grâce à lui, il n’y a jamais eu autant de cyclistes dans la rue. Tous décorés plus ou moins tape-à-l’œil, mais tous en armure.

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